La Collégiale de Villemaur-sur-Vanne

Un joyau gothique flamboyant oublié de l'Aube

La rédaction

Au cœur de la campagne champenoise, à vingt-cinq kilomètres au sud de Troyes, se dresse un miracle de pierre et de lumière que peu de touriste savent nommer : la collégiale Notre-Dame de Villemaur-sur-Vanne. Elle n’est pas une cathédrale, elle n’a pas l’ambition de Reims ou de Chartres, mais elle possède cette grâce rare des édifices qui n’ont jamais eu besoin de plaire à la foule pour exister.

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La collégiale de Villemaur sur Vanne

Érigée entre 1519 et 1560 sur les ruines d’une église romane, elle est l’un des derniers témoins du gothique flamboyant dans sa forme la plus extravagante. À l’extérieur, les contreforts se transforment en pinacles ajourés, les réseaux de pierre semblent tissés au crochet, et le porche sud, signé du maître-maçon troyen Jean du Hameau, déploie une dentelle si fine qu’on la croirait dessinée par un orfèvre plutôt que par un tailleur de pierre.

Mais c’est à l’intérieur que Villemaur révèle son secret le mieux gardé : un jubé en pierre polychrome daté de 1521, considéré comme l’un des trois plus beaux de France avec ceux de Chartres et de l’abbaye de Saint-Riquier. Dragons, chimères, feuillages exubérants, saints et prophètes s’y superposent dans une profusion joyeuse et presque insolente. On y lit encore les traces de la polychromie originelle : ocre rouge, bleu nuit, dorures qui accrochent la lumière filtrée par les verrières du XVIe siècle, elles aussi intactes.

L’histoire murmure qu’en 1554, la reine Catherine de Médicis, passant par Troyes, fit le détour jusqu’à Villemaur pour admirer ce jubé qu’on disait « plus beau que celui d’Albi ». Elle y laissa, dit-on, un don conséquent pour achever le chœur. Vrai ou légende ? Peu importe : la collégiale porte encore cette aura de favorite discrète des puissants.

Aujourd’hui, le village compte moins de cinq cents âmes et la collégiale est ouverte tous les jours, sans billet, sans file d’attente. On y entre comme dans un salon privé où le temps aurait oublié de passer. Le silence y est si dense qu’on entend presque le froissement des robes de soie des chanoines d’autrefois.

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